Rares sont les personnes qui définissent la neutralité comme le fait Christoph Blocher dans son initiative – Gianni Infantino en fait-il partie ?
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En stratège politique chevronné, Christoph Blocher mène sa campagne avec un récit d'une simplicité et d'une plausibilité déconcertantes : la Suisse doit revenir à sa neutralité traditionnellement stricte (en anglais : MAKE SWITZERLAND NEUTRAL AGAIN), celle-là même qui aurait préservé notre pays des guerres pendant des siècles. Ce narratif est flanqué d'une armada visible de colombes de la paix arborant le message « Pas de guerre ».
Qui voudrait de la guerre en Suisse ? L'initiative mérite-t-elle donc un oui dans les urnes – et Christoph Blocher un prix de la neutralité ? Ou la substance de son récit est-elle plutôt comparable aux huit guerres que Trump aurait terminées, argument sur lequel la FIFA s'est appuyée pour lui décerner son Prix de la paix ?
Nul besoin de remonter des siècles en arrière pour vérifier la véracité de la « neutralité traditionnellement stricte » : il suffit de revenir à l'année de naissance de Christoph Blocher, 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale. Dans un récent entretien accordé au Tages-Anzeiger, il mentionne que, dès son enfance, il demandait pourquoi la Suisse n'était pas en guerre. « Grâce à la neutralité », lui répondaient ses parents.
Jusqu'à la publication du rapport Bergier en 2002, c'était l'image largement répandue de la Suisse : un pays qui se tenait à égale distance des belligérants et qui n'avait évité la guerre que grâce à sa capacité de défense. La Commission Bergier a examiné les faits réels de la Seconde Guerre mondiale sur la base des documents des Archives fédérales. Son rapport a établi sans équivoque que le récit d'une neutralité stricte est historiquement intenable.
L'enquête a révélé :
Cependant, le rapport Bergier précise également :
Loin du mythe de la neutralité stricte prôné par Christoph Blocher, c'est bien cette interprétation flexible qui a préservé la Suisse du pire. Après l'invasion de la France par l'Allemagne, le Conseil fédéral a dû faire des concessions pour éviter de provoquer une attaque allemande. L'initiative sur la neutralité vise désormais à priver le Conseil fédéral de cette marge de manœuvre indispensable.
Un « oui » à cette initiative serait donc un autogoal – ce qui nous ramène à la FIFA. Sur un terrain de football, l'arbitre incarne la neutralité et dispose d'une certaine marge de manœuvre. Lors d'un duel musclé, il ou elle peut décider, selon la situation et les personnes impliquées, de siffler ou de laisser jouer. En revanche, en cas de violation flagrante des règles, comme un tacle brutal, jambe tendue, dans le tibia de l'adversaire, les règles sont claires : carton rouge pour l'agresseur, sans aucune hésitation. Si Christoph Blocher était l'arbitre sur le terrain, son sifflet resterait toutefois muet.
L'initiative sur la neutralité veut interdire les sanctions unilatérales, même en cas de violations flagrantes du droit international (par exemple des crimes de guerre). La Suisse devrait donc traiter l'Ukraine et son agresseur sur un pied d'égalité. Et bien que la Russie menace l'Europe entière et multiplie les actions hostiles, la Suisse devrait rester à l'écart des sanctions de l'Union européenne. Même Gianni Infantino ne pourrait vendre une telle interprétation de la neutralité au reste du monde, raison pour laquelle il n'y aura pas de remise de prix à Christoph Blocher. Notre titre est une fausse information.
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