Entretiens
31.8.2026

« Toute une génération d'étudiant·es suisses se retrouve freinée dans son élan. »

Trois places pour des études à l'étranger pour 200 étudiant·es, des bourses dérisoires et des occasions manquées : les séjours d'études à l'étranger restent souvent un rêve, car la Suisse ne participe pas au programme « Erasmus+ » de l'UE.

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« Toute une génération d'étudiant·es suisses se retrouve freinée dans son élan. »

Emilie Schranz souhaitait étudier à l'étranger, mais l'absence de participation de la Suisse au programme européen « Erasmus+ » a anéanti ses projets. Dans cet entretien, elle énumère les obstacles financiers et administratifs auxquels les étudiantes et étudiants suisses sont confrontés depuis plus de dix ans. Elle s'engage à divers titres pour défendre les intérêts des étudiant·es et réclame un retour immédiat de la Suisse au sein du réseau européen de formation. L'entretien a été réalisé à l'automne 2025, mais la situation n'a pas changé.

Vous vouliez absolument partir à l’étranger pendant vos études. Comment se sont déroulés vos premiers pas ?

Lors de mes études de bachelor puis de master, j’ai cherché à plusieurs reprises à réaliser un objectif de longue date : partir étudier à l’étranger, au Canada. Malheureusement, cela ne s’est pas concrétisé, la Suisse n’étant pas membre d’« Erasmus+ » et l’offre étant trop restreinte.

En quoi consistait exactement le problème avec les offres pour le Canada ?

La Suisse n’étant pas membre du programme « Erasmus+ », les places pour étudier au Canada étaient limitées à trois, réparties entre deux universités, pour l’ensemble des étudiant·es en Bachelor de sciences naturelles de l’Université de Neuchâtel, soit environ 200 personnes.

‍N'y a-t-il pas eu d'autres possibilités par la suite ?

Une année plus tard, une université française proposait un cursus intéressant pour la spécialité dans laquelle je m’étais engagée. Deux problèmes se sont alors imposés : d’abord, l’impossibilité de concilier cet échange avec le travail de Bachelor obligatoire dans mon cursus et, ensuite, l’aide financière extrêmement limitée qui n’aurait pu couvrir ni le loyer d’un studio, ni mes courses une fois sur place, ni du matériel de cours. Les aides financières actuellement accessibles pour les échanges dans le cadre des programmes « Erasmus+ » et SEMP (Swiss-European Mobility Programme) sont de maigres compensations administratives qui n’ont pas pour fonction de permettre à un·e étudiant·e dans une situation précaire de partir à l’étranger.

« Depuis 2014, les étudiant·es suisses qui souhaitent profiter de la mobilité vivent dans une situation fragile
Ces obstacles auraient-ils existé si la Suisse avait fait partie d’« Erasmus+ » ?

Ces deux problèmes ne se seraient pas présentés ou auraient été limités si la Suisse avait été membre à part entière d’« Erasmus+ ». En effet, « Erasmus » étant bien plus flexible que les programmes offerts actuellement, il existe plus d’accords interinstitutionnels qui permettent de remplacer ou de poursuivre son travail de Bachelor dans une autre université ou haute-école. C’est ainsi que malgré une grande motivation et un dossier solide, j’ai dû renoncer à plusieurs reprises à ces projets de mobilité.

Cette situation vous concerne-t-elle uniquement ou s’agit-il d’un phénomène plus général ?

Mon parcours est loin d’être un cas isolé. Depuis 2014, les étudiant·es suisses qui souhaitent profiter de la mobilité vivent dans une situation fragile. Privé·es d’un accès direct à « Erasmus+ », nous nous heurtons à des démarches administratives plus lourdes, à l’incertitude des financements, à un choix de destinations souvent plus réduit. Là où nos collègues européen·nes peuvent compter sur une structure claire, des bourses harmonisées et des accords facilités, nous dépendons de solutions nationales de substitution bien moins efficaces.

Comment votre parcours personnel se serait-il déroulé dans l’idéal ?

Mon parcours aurait été différent si la Suisse avait choisi de maintenir son engagement européen en matière de formation. J’aurais découvert d’autres pays, d’autres méthodes pédagogiques, d’autres horizons professionnels. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’« Erasmus+ » a apporté à des générations entières d’Européen·nes, construit autour d’un idéal de mobilité et de solidarité.

« Aucun⸱e étudiant⸱e ne devrait plus être contraint de renoncer à ses rêves de séjours d’études à l’étranger. »
Quelles sont vos revendications pour l’avenir ?

À une époque où l’avenir se joue au niveau international, il est primordial que la Suisse réintègre le programme « Erasmus+ ». Non pas en tant qu’observatrice en marge, mais en tant qu’actrice à part entière dans une Europe de la connaissance. Pour qu’aucun étudiant ne soit plus contraint de renoncer à ses rêves d’études à l’étranger, pour que l’ouverture reste au cœur de nos universités, et pour que la jeunesse suisse retrouve la place qui lui revient dans cette aventure commune.

EMILIE SCHRANZ est titulaire d’un Master en biologie de l’Université de Neuchâtel. Forte de nombreuses expériences de défense des intérêts étudiants, elle été coprésidente de l’Association neuchâteloise des étudiant-e-x-s en Sciences (ANES) et coprésidente de la Fédération des étudiant-e-x-s neuchâtelois-e-x-s (FEN), faîtière des étudiant·es de l’Université de Neuchâtel. Aujourd’hui, elle met à profit son expérience en tant que vice-présidente d’Erasmus Student Network Neuchâtel, l’association d’accueil et d’aide des étudiant·es venu·es à Neuchâtel pour un échange académique à travers les programmes de mobilité suisses. Emilie Schranz a à cœur de défendre une Suisse ouverte sur l’Europe et le monde, en particulier dans le milieu académique où le progrès dépend des connexions, tant humaines que professionnelles.

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